Éclats post-soviétiques : ruine nucléaire et crise du récit dans Terminus radieux d’Antoine Volodine
Abstract (Post-Soviet Shards: Nuclear Ruin and the Crisis of Narrative in Antoine Volodine’s Terminus radieux): This paper examines how Antoine Volodine’s Terminus radieux constructs a literary space in which political memory, narrative form, and ontology are reshaped by the condition of nuclear ruin. Rather than depicting the post-Soviet world through historical realism, the novel develops what may be called a fictional post-Sovietism: an imaginative regime where ideological remnants survive as specters and where the collapse of the Soviet utopia persists as a toxic and hallucinatory presence. Drawing on Derrida’s hauntology, Aleida Assmann’s memory studies, and Volodine’s own theorization of post-exoticism, the analysis shows how the novel stages a political spectrality embodied by the figure of Solovieï, a sovereign whose power continues beyond death. The nuclear landscape functions not as a backdrop but as an ontological condition that dissolves temporal continuity, destabilizes the subject, and fractures narrative progression. Through a narratological reading inspired by Genette and Ricœur, the article argues that the ruin is simultaneously thematic and structural: it governs the fragmentation of voices, the circularity of scenes, and the collapse of causal logic. Terminus radieux offers a meditation on literature after the end of History, where storytelling becomes an act of survival and the novel itself takes the form of a crypt of voices.
Keywords: post-exoticism, political spectrality, nuclear ruin, Antoine Volodin.
Résumé : Cet article analyse la manière dont le roman Terminus radieux d’Antoine Volodine construit un espace littéraire où la mémoire politique, la forme narrative et l’ontologie sont reconfigurées par la condition de la ruine nucléaire. Plutôt que de proposer une représentation réaliste du monde post-soviétique, le roman met en place un « post-soviétisme fictionnel », un régime imaginaire où les vestiges idéologiques survivent comme spectres et où l’effondrement de l’utopie soviétique persiste sous forme de présence toxique et hallucinée. En mobilisant l’hantologie derridienne, les théories de la mémoire d’Aleida Assmann et la poétique post-exotique définie par Volodine, l’étude montre comment le texte organise une spectralité politique incarnée par Solovieï, souverain dont le pouvoir continue au-delà de la mort. Le paysage nucléaire agit non comme décor, mais comme condition ontologique dissolvant la temporalité, déstabilisant le sujet et fracturant la progression narrative. À partir d’une lecture narratologique inspirée de Genette et de Ricœur, l’article soutient que la ruine est à la fois thématique et structurelle. Elle gouverne la fragmentation des voix, la circularité des scènes et l’effondrement de la causalité. Terminus radieux propose une méditation sur la littérature après la fin de l’Histoire, où le récit devient un acte de survivance et le roman une crypte de voix.
Mots-clés : post-exotisme, spectralité politique, ruine nucléaire, Antoine Volodin.