Proximités et ruptures dans la littérature issue de l’immigration maghrébine

Abstract: (Proximities and ‘Incongruity’ in the Literature Resulting from Maghreb Immigration). Since the 1980s, individuals whose presence has long been ignored, the descendants of Maghrebi immigrants, have decided that the time has come to make their voices heard. Their parents, the authentic immigrants, had led a difficult life in silence, in secret. The “intrangers”, having experienced precariousness, racism, difficulties in adapting to school, marginalization, stigmatization, the status of “children of immigrants”, no longer want to remain silent. They are called at the beginning "beurs writers"; then, when their way of writing and illustrated problems evolve, they are included in the group of “suburban writers” or “writers at all”. The descendants of harkis represent a special case: consumed by a dramatic choice, but assumed by their fathers and by the label «traitor» which goes with it, they become visible on the French literary scene only from the 2000s. This destiny which is at the same time assimilable and different from the authors of the second generation, the distinct spaces of which they claim (suburbs vs. transit camp) and their identi-language (language of the cities vs. quasi-conventional French) transformed into a literary language, these are only a few elements that explain the proximities and ruptures of a corpus born at the «periphery» of French literature. Le Thé au harem d'Archi Ahmed (1983) by Mehdi Charef, Boumkœur (1999) by Rachid Djaidani, Mon père, ce harki (2003) by Dalila Kerchouche and Ma part de Gaulois (2016) by Magyd Cherfi will help us to illustrate this fragmentarism of the Maghreb immigration literature.

Keywords: beur, suburbs, harki, proximities, ruptures

Résumé : À partir des années 1980, des individus dont on a longtemps voulu ignorer la présence ‒ les descendants des immigrés maghrébins ‒ décident que le temps est venu de faire entendre leurs voix. Leurs parents, les immigrés authentiques, avaient mené une existence difficile en silence, en cachette. Les « intrangers », quant à eux, ayant connu la précarité, le racisme, les difficultés d’adaptation à l’école, la marginalisation, la stigmatisation, le statut d’« enfants d’immigrés », ne veulent plus se taire. On les appelle au début « écrivains beurs » ; ensuite, lorsque leur manière d’écrire et les problématiques illustrées évoluent, on les insère dans le groupe des écrivains « de banlieue » ou « écrivains tout court ». Les descendants de harkis représentent un cas particulier : rongés par un choix dramatique, mais assumé de leurs pères et par l’étiquette « traître » qui va avec, ils deviennent visibles sur la scène littéraire française uniquement à partir des années 2000. Ce destin à la fois assimilable et différent des auteurs de la deuxième génération, les espaces distincts dont ils se réclament (banlieue vs. camp de transit) et leur identi-langue (langue des cités vs. français quasi conventionnel) transformée en langue littéraire, voilà seulement quelques éléments qui expliquent les proximités et ruptures d’un corpus né à la « périphérie » de la littérature française. Le Thé au harem d’Archi Ahmed (1983) de Mehdi Charef, Boumkœur (1999) de Rachid Djaidani, Mon père, ce harki (2003) de Dalila Kerchouche et Ma part de Gaulois (2016) de Magyd Cherfi nous aideront à illustrer ce fragmentarisme de la littérature issue de l’immigration maghrébine.

Mots-clés: beur, banlieue, harki, proximités, ruptures