La littérature issue de l’immigration maghrébine entre contre-canon et canon littéraire

Abstract: (North African Immigrant literature in France between counter-canon and literary canon) From the 1980s, writers from North African immigration brought into the literature a space, a language, characters and specific themes, without which their writings would not be individualized in the rich French literary landscape. These characteristics - to make speak a space and peripheral characters (the suburbs / immigrants and their descendants, young girls condemned to silence, unemployed, scum, etc.), lend them a language claiming the street, to propose problems borrowed from the daily reality of the cities (racism, delinquency, the status of women, the confrontation between modernity and tradition, etc.) - allowed these authors to create a literary counter-canon in relation to literature French circulating, standardized and often rigid. One of the most appreciated representatives of this extraordinary literature is Rachid Djaidani. In our contribution, we propose to analyze how his novel Boumkoeur (1999) can pass easily from the status of literary counter-canon (highly oralised writing, infamous characters, rotten space) to that of literary canon (written language of writing and mastered, writing as “experimental process”, symbolic space, etc.).

Keywords: Literary counter-canon, immigration, language, space, periphery.

Résumé : À partir des années 1980, les écrivains issus de l’immigration maghrébine font entrer dans la littérature un espace, une langue, des personnages et des thématiques spécifiques, sans lesquels leurs écrits ne s’individualiseraient pas dans le riche paysage littéraire français. Ces caractéristiques – faire parler un espace et des personnages périphériques (la banlieue / des immigrés et leurs descendants, des jeunes filles condamnées au mutisme, des chômeurs, la racaille, etc.), leur prêter une langue se réclamant de la rue, proposer des problématiques empruntées à la réalité quotidienne des cités (le racisme, la délinquance, le statut de la femme, la confrontation modernité / tradition, etc.) ‒ ont permis aux auteurs intrangers de créer un contre-canon littéraire par rapport à la littérature française circulante, normée et souvent rigide. Un des représentants les plus appréciés de cette littérature hors-normes est Rachid Djaidani. Dans notre contribution, nous nous proposons d’analyser comment son roman Boumkoeur (1999) peut passer facilement du statut de contre-canon littéraire (écriture fortement oralisée, personnages infâmes, espace pourri) à celui de canon littéraire (langue d’écriture travaillée et maîtrisée, écriture en tant que « processus expérimental », espace symbolique, etc.).

Mots-clés : contre-canon littéraire, immigration, langue, espace, périphérie.